Doutes et re-doutes

Ce soir, ça ne va pas. ça fait d’ailleurs plusieurs jours que ça ne va pas. Entendons nous bien, TOUT ne va pas mal dans ma vie. J’ai des emmerdes, bien sûre mais ça n’est pas tant ma vie et ma situation qui m’inquiète, c’est celle de mon association, Femmes En Action.

Je l’ai créé il y a 3 ans. A l’époque je faisais partie d’une association qui aidait ODADI. Seulement, un jour, nous avons écrit un projet et fait une demande de financement à l’Agence de Micro-Projet si vous voulez tout savoir. Pour valider cette demande, il fallait faire une convention de partenariat, une sorte de contrat qui liait les 2 assos, les devoirs de chacune etc. L’association partenaire, appelons la JPQJLE (Je Pleure Quand Je Leur Écris), voulait absolument que dans cette convention, il soit stipulé que « l’association JPQJLE continuera son aide auprès d’ODADI seulement si E.B en est la présidente ». En gros c’est comme si vous donniez à une association seulement si votre copain en étant président. ça ne passe pas trop du point de vue déontologie n’est ce pas?! Et bien l’association JPQJLE ni voyait AUCUN problème. Je leur ai expliqué qu’ils ne pouvaient pas avoir ce genre d’exigence, la présidente d’ODADI a fait de même et vous savez ce qu’ils nous ont répondu ?! « si c’est comme ça, nous ne signons pas la convention ». Et ce, l’avant-veille d’envoyer le fameux projet à l’AMP que nous avions mis 6 mois à écrire pour demander 13.000€. Autant vous dire que j’en ai pleuré. Eulalia m’a dit alors une phrase que je n’oublierai jamais « si les gens ne veulent pas travailler avec nous, alors tant pis, nous en trouverons d’autre. Mais nous n’allons pas les supplier ».

Finalement, la présidente de JPQJLE a demander l’avis à une amie juriste.. qui nous a donné raison.

Cette histoire est un glaçons par rapport à l’iceberg d’emmerdes que j’ai eu avec cette asso. L’argent promis à ODADI qui mets 8 mois à arriver, celui qu’on nous dit « ok c’est pour ce projet «  et une fois que le projet est fait « ah non non, on ne va pas donner cet argent pour ça », les remises en question et soupçons sur CHAQUE action que j’entreprenais, la non-prise de risque (« ah non alors, on ne va pas chercher plus d’argent pour ODADI, on est une petite asso et on veux le rester »), l’antipathie (lorsque je disais qu’il était urgent de trouver de l’argent pour les salaires malgaches on me répondait « il faut arrêter de jouer avec l’urgence et réfléchir à ce qu’on va financer ». 3 ans après cette phrase, les 2.000€ qui stagnaient sur le comptes stagnent toujours et ODADI peine toujours à payer les salaires) bref, j’ai pleuré des heures entières face à cette incompréhension et cette bêtise humaine.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai créé Femmes En Action.

J’en suis très fière. En 3 ans, j’ai réussi à trouver 18.000€ pour ODADI (dont plus de moitié par des associations). Ils n’ont pas forcément transité par FEA mais quand même. ça c’est moi qui l’ai fait, toute seule, sans diplôme, sans relation et juste avec ma tête.

Seulement au bout de 3 ans, je me rends compte de mes limites.

Autant être franche, je suis presque seule dans cette asso. Je suis la présidente, la secrétaire a un boulot bien prenant mais elle est active (cherche des lieux pour faire un marché de Noël, parle de nous dans son entreprise, vends de l’artisanat etc.) et la trésorière qui m’a dit récemment que si elle était dans l’asso, c’était pour me dépanner et que « tout le monde a son combat à mener » mais que clairement, FEA, ça n’était pas le sien.

Je ne vous raconte pas le coup de massue. Donc en gros, les 1.000€ d’artisanat vendus chaque année, c’est moi qui les vends. Les démarches pour trouver des fonds, c’est moi qui les fais, tout comme chercher le logo, imprimer les tracts, relancer les donateurs, envoyer des mails etc. Tout ça je le fais parce que je trouve que ce que je fais est juste.

Et vu les commentaires qu’on m’écrit, je pense être sur la bonne route. D’ailleurs, heureusement que j’ai des encouragements parce que j’aurai pété une pile depuis longtemps..

Pour finir l’année, FEA  a besoin de 800€. Pour payer le reste des salaires d’ODADI (brodeuse, animatrice sociale, trésorière) et pour payer l’artisanat qui, une fois vendu, permet de payer le 1er point. Ces 800€, nous ne les avons pas et les 500€ d’artisanat, je pense les avancer de mon salaire, alors que je n’ai travaillé que 2 mois et que ça fait 1 an que je suis au RSA. Je ne m’en sors plus financièrement et je ne sais pas quoi faire de plus pour attirer les donateurs.

J’ai mis l’adhésion à 15€/an. J’ai proposé des petits cadeaux au bout de quelques années d’adhésion, pensant que ça attirerait les gens. Que dalle!!! On stagne autours de 12-15 adhérents, rien du tout en fait puisque 3 adhésions viennent du CA de FEA, 3 de ma famille et le reste c’est des amis. J’ai fais des campagnes de financement participatif qui ont plus ou moins bien fonctionné. La dernière, c’était pour équiper une école. Là encore, je me suis dit « pour des enfants, les gens vont donner facilement, surtout si c’est pour qu’ils puissent aller à l’école ». J’ai mis 8 mois à récolter 500€. 500€ c’est que dalle, par rapport à certain projet qui coûte une blinde. Je n’en reviens toujours pas. J’ai fais une expo photo qui a rapporté parce que j’ai fait des ventes d’artisanat mais je n’ai vendu que 4 photos de Madagascar.

Je me suis toujours refusée à mettre des photos des habitations des gens dans la zone où je travaille, parce que ces habitations, c’est vraiment.. comment dire? En France, on ne laisserait pas une vache dormir sous un toit pareil. Lors de mon expo photo en mars, je me suis décidée à le faire, puis plus tard sur facebook et en fait, même ça, ça ne touche pas les gens et je n’arrive pas à récolter des dons.

Alors, je fais quoi? J’ai proposé des contreparties cool, j’ai mis des photos de gamins mignons, morveux, souffreteux, des photos pour montrer la misère, j’ai raconté en long en large et en travers qu’à Madagascar les gens vivent avec 1€ par jour, qu’ils meurent non pas de faim mais de misère, que les conditions de vie sont terribles et pas franchement humaines. J’ai envoyé des rapports tous les ans sur nos actions, des mails, des photos, des cartes, des petits messages pour nos donateurs. Je suis allée à des forums de la diaspora malgache, dans l’espoir de rencontrer des gens susceptibles de nous aider, sans grand succès.

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Je dois faire quoi de plus pour attirer la sympathie??

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Je dois faire quoi pour que les gens se disent « tient, cette asso a l’air vraiment bien et utile, je pourrais leur donner 15€/an »?

(oui parce qu’être donateur, c’est vachement utile pour nous, les associations: être adhérents, ça veux dire s’engager sur le long terme et donc l’association sait, qu’en principe, elle aura toujours le même nombre d’adhérents et la même cagnotte pour ça, donc on peut se dire « ah tient, avec ça on va financer tel projet ». Autant être franc, si c’est pour adhérer une année à une asso, autant lui faire un don. Elle n’espèrera pas compter sur votre adhésion l’année d’après et globalement, saura ce qu’elle pourra financer).

Je ne sais plus quoi faire pour faire rentrer de l’argent. Eulalia me dit souvent « il ne faut pas que les gens sachent que tu est dans la mouise ou que tu n’as plus de sous, ça n’inspire pas confiance ». Mais là, je ne sais tellement plus quoi faire pour trouver du pognon, du flouze, du fric, de l’oseille, que je suis prête à n’importe quoi.

En novembre, je vais peut-être aller voir ODADI, voir les projets qu’on peut financer etc.

Le problème, c’est que là, on ne peut PLUS RIEN financer. Les 3 salaires que FEA a payé cette année, l’an prochain.. on ne pourra surement pas. Et je vais me retrouver face à Lydia, la secrétaire, à qui je paie de temps en temps des médocs, qui me demande des nouvelles de ma famille, qui a acheté un sac à ma mère et des cadeaux pour Noël pour moi, je vais devoir la regarder en face tout en sachant que l’an prochain, FEA ne pourra pas financer son salaire. Pareil avec Jocélyne, qui m’a offert du miel lorsque je suis repartie en 2014.

ça me rends MALADE. J’ai du mal à trouver le réconfort dans les petits mots de soutien qu’on m’envoie, surtout que, perfide, je me dis que j’ai bien plus besoin de pognon que d’encouragement. J’entends souvent « c’est super ce que tu fait! si tu as besoin d’aide, n’hésites pas » ou alors « oui pas de problème, je vais adhérer/faire un don » et en fait, ce ne sont que des mots.

Paroles, paroles et paroles.

Du coup là, pour me permettre de trouver de l’argent, j’ai contacté des curés pour vendre des articles religieux à la fin des messes (une réponse sur deux, mais depuis plus de nouvelle), je vais faire 3 marchés de Noël en décembre et 5 si je peux, j’ai calé vite fait une réunion à domicile (chez moi) samedi prochain (15 invitations, 2 réponses..). Je voulais aussi faire un repas malgache pour récolter des fonds mais vu que je suis bien seule dans mon association, c’est compliqué de faire TOUT toute seule.

Et que puis-je faire de plus? Comment trouver des gens qui adhèreraient sur le long terme et en grand nombre (genre 30 adhérents ça sera génial. 450€=3/4 du salaire de la brodeuse)? Comment inciter les gens à adhérer et à donner à ma petite association (par pitié, évitez de me dire que vous préférez acheter le CD de l’UNICEF. Chaque directeur d’UNICEF de chaque pays où l’UNICEF est présent touche 10.000€/ MOIS plus la baraque, la voiture, le chauffeur etc. 10.000€, c’est le budget d’ODADI pour 1 AN.)

Je suis désemparée, désespérée,  je lance cet article sur internet comme une bouteille à la mer même si j’aurai quoi? 20 lecteurs?

J’ai l’impression que je bosse pour rien, que je passe des journées entières sur l’ordi pour que dalle, que je loupe des moments de ma vie pour faire tourner cette asso dont je suis la seule à gérer et dont je suis la seule à me demander « est-ce que nous sommes vraiment utile »?

Dans ces moments là, je m’accroche à ces paroles entendues ou reçues:

  • « ça, c’est de l’Amour« , lorsque j’expliquais à une malgache pourquoi j’achetais des robes brodées
  • « moi, je suis un peu honteux en tant que malgache de voir tout ce que vous avez fait alors que moi, je ne m’intéresse à ça que depuis peu, alors que c’est de mon pays qu’il s’agit » lors du forum de la diaspora malgache en 2017
  • « Bonjour, mon nom est (…), j’ai 15 ans, je voyage beaucoup avec mon père (…)
    Tout ça pour dire que pour un projet au lycée je devais faire une exposé sur « l’idéal féminin » et je ne sais pas si cela a une importance pour vous, mais je vous ai choisi.
    (là j’ai failli pleurer)
    Je trouve ça super ce que vous faite, cette associations que vous avez créer, vous êtes jeune et vous avez fait tellement de choses.
    Je présenterai mon exposé lundi, et je suis vraiment ravie d’avoir trouvé une femme comme vous pour mon exposé, je cherchais vraiment quelqu’un comme ça, engagée dans l’humanitaire.
    « 
    Message reçu d’une lycéenne il y a 2 semaines
  • « C’est bien Myriam , continue. Entreprendre n’est pas facile surtout dans le secteur de la solidarité Internationale.. tu l’as fait bravo . Courage . » du directeur de l’institut où j’ai fait mon initiation à la gestion de projet
  • « Je te souhaite de continuer à te battre pour cette cause et j’admire ta Belle Energie. » d’une connaissance qui suis FEA
  • « (…) tu fais un travail formidable et ton investissement est nécessaire pour faire avancer tes projets! Ne baisse pas les bras! (…) » d’une membre de FEA

 

Je me raccroche à tout ça (je me dis même que je vais finir par les imprimer sur du joli papier et les faire encadrer, pour me rebooster quand le moral n’est pas là) pour continuer à avancer, parce que même si je râle intérieurement quand on me dit « c’est super ce que tu fais » et que j’ai envie de hurler « c’est de POGNON que j’ai besoin, pas d’encouragement! je sais que ce que je fais c’est bien, mais sans flouze, je peux faire que dalle!!!! », ces petites phrases et ses encouragements me permettent de continuer tout ça, qui met un beau bazar dans ma tête et dans ma vie.

Je tiens aussi à remercier Chéri D’Amour pour sa patience, sa compréhension et sa gentillesse parce que j’ai refusé bien des invitations chez des amis ou à des soirées pour pouvoir faire tourner FEA. Il n’a jamais moufté et m’encourage en plus dans cette voie.

Merci aussi à ma sœur qui relis touuuus les mails et publications (et rapport, projet, etc.) que je dois envoyer pour FEA et qui corrige les fautes (atroces) que je peux faire. Sans elle, je serai perdu.

Heureusement que je peux compter sur ces deux personnes parce que sans ça.. Je crois que j’aurai laissé tomber.

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https://www.helloasso.com/don/associations/femmes-en-action

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(petites photos de gamins morveux, mignons, souffreteux, histoire de vous amadouer et de vous inciter à donner pour ces petits poulets votre argent si durement gagné)

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