L’école d’Andozoka

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Lors de mon dernier séjour à Madagascar, en 2016 je suis allée voir l’école d’Andozoka, l’EPP ayant bénéficié de la distribution de kits scolaires par FEA. Après avoir vu comment les enfants devaient étudier, j’ai proposé aux membres du bureau de l’association d’aider encore plus cette école en grande difficulté. Il a donc été décidé de faire appel à la générosité des donateurs. Au début de l’année 2017, un financement participatif pour aider l’école d’Andozoka a donc été mis en place. Celui-ci n’a pas vraiment eu le succès escompté : nous avons mis 8 mois pour récolter 500€.
Pourtant, j’étais sûre de son succès ! Je me suis dit « je vais mettre des photos des gamins pauvres, avec leurs guenilles, dans une classe toute pourrie, ça va fendre le cœur des gens et les inciter à donner ». Tu parles, que dalle oui ! J’étais tellement déçue, surtout que dans le même temps les mioches qui chantent pour l’UNICEF font carton plein (vous savez ce que je pense de cet institut qui rémunère par mois ses directeurs de pays avec la même somme qui est utile à ODADI pour vivre pendant 1 an), j’étais grave jalouse. Je ne savais pas trop quoi faire de plus pour attirer la pitié (oui parce que c’est ça que les gens éprouvent souvent. De la pitié, pas de l’injustice).

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En octobre j’ai décidé de repartir à Madà et j’ai commencé à demander des fournitures autours de moi, des trucs ludiques pour égayer l’école d’Andozoka. J’ai eu quelques retours et je suis heureuse d’avoir eu de l’aide pour ça (merci les copains 😉 les petites marionnettes pour apprendre les lettres sont trop bichu <3 )
Là je suis de retour à Madagascar depuis le 6 novembre. Avec Eulalia, la présidente d’ODADI et Michelin, l’animateur rural qui a été à l’école d’Andozoka pour évaluer la situation actuelle, nous avons eu une réunion.
Il semblerait que la situation soit encore pire que l’an dernier :
  •  Le cyclone a détruit les toilettes. Les gosses font leurs besoins dans un trou. Je n’ose pas imaginer le jour où un gamin de 2 ans tombera dedans.
  • Les maternelles n’ont plus de tables pour s’assoir et sont par terre toute la journée, sur des nattes. Quand il fait 12° (ce qui arrive en hiver, il fait froid à 1000 mètres d’altitude), ils doivent avoir froid à leurs petites fesses.
  • les professeurs n’ont pas un très haut niveau d’étude et la dernière professeure engagée l’a été sur la seule base qu’elle habite à Andozoka. Ce sont des profs qui ont le niveau brevet et ne savent pas parler le français. Ça ne devrait pas être trop grave me direz-vous, sauf que la moitié des manuels scolaires sont dans cette langue. Parfait donc.
  •    Le directeur continue de vivre dans la salle de classe et fait à manger dans celle-ci. Il fait cuire sa nourriture avec du charbon de bois pendant que les gamins étudient. Bonjour les émanations de fumée
  •   Les classes de CP1, CP2 et CE sont dans la même salle. Les CP1 sont donc dans un sens, les CP2 dans un autre sens (ils leurs tournent le dos) et les CE sont encore dans un autre sens. Les 2 maîtresses sont donc dans la même salle de classe

 

 

La difficile situation de l’EPP d’Andozoka

Dans la zone, il y a 2 écoles. L’EPP (Ecole Primaire Publique) d’Andozoka et l’école des religieuses. A l’EPP, ce sont les plus pauvres des plus pauvres qui y vont. L’école des religieuses demande entre 4.000 et 6.000ary/mois soit 1,10/1,60€ . L’école d’Andozoka n’est pas vraiment réputée : il n’y a pas de matériel adéquate, les professeurs sont souvent absents (parce que payés par les parents d’élèves qui n’ont eux-mêmes pas d’argent). Du coup, lorsque les parents ont un peu plus d’argent, ils envoient leurs gamins à l’école des religieuses. Dans la zone, 30% des gamins vont à l’école d’Andozoka alors que le reste va chez les religieuses. Afin d’aider les parents à scolariser leurs enfants, la vente des lapins (élevage mise en place par RSF) sert à payer l’écolage des plus pauvres. En effet, lorsque l’école demande une implication des parents (cotisation, présence pour nettoyer l’école), ceux-ci retirent les gosses de la structure. Selon les données ramenées par Michelin, il semblerait aussi que lorsque les enfants grandissent et peuvent aider aux champs, ils sont de moins en moins scolarisés.

 

En début d’année, lorsque j’ai fait la demande de financement participatif pour l’école d’Andozoka, j’avoue avoir fait une demande de 500€  » à la louche  » en tablant sur 100€ de mobilier, 100€ de livres, 100€ de fournitures d’école, 100€ de matériel ludique et 100€ pour les transports et le goûter pour 70 élèves et leurs parents.

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Après avoir fait le budget avec Michelin et Eulalia, voici donc les réels besoins de l’école d’Andozoka :

  • 206€ de mobilier (5 tables-bancs, 3 tables pour les maternelles et 20 chaises)
  • 195,5€ pour les livres (27 manuels scolaires, 10 manuels scolaires pour les enseignants, 3 dictionnaires, 2 planches pédagogiques, 32 livres de lecture)
  • 200€ pour fabriquer des placards afin de ranger les fournitures et les livres
  • 120€ pour les déplacements (pour aller à l’école et en ville acheter les fournitures) et l’organisation du goûter (pour 120 personnes)
  • 150€ pour les fournitures scolaires (crayons, compas, rapporteur, équerre/règle/compas pour le tableau, etc.)
  • 100€ de matériel ludique (poupée, puzzle, affiches, dinette, jouets, cubes etc.)
  • 100€ pour les toilettes

 

Il manque encore donc près de 600€ pour boucler ce budget. Ayant mis 8 mois à récolter cette somme la dernière fois, j’ai bien conscience que nous ne récolterons pas 500€ en 3 semaines pendant mon séjour.

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Les livres, une histoire d’amour et de développement

Du coup, comme pour moi la lecture est ultra-importante (elle permet de faire passer des messages sur l’amitié, la famille, les traditions, le respect de soi et des autres, de l’environnement etc.) et je pense indispensable, j’ai décidé de refaire une demande de financement participatif pour acheter des livres.

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Pour appuyer mes dires, je suis allée à la recherche d’études qui vont dans ce sens. Et ce que j’ai trouvé est encore mieux que ce que je pensais ! En effet, la lecture a un impact direct sur les êtres humains. Plusieurs études ont prouvé que la lecture :

  • Cultive la participation civique
  • Augmente l’empathie
  • Optimise les rapports avec les autres
  • Comporte des avantages cognitifs (le vocabulaire, l’intelligence verbale, les connaissances générales et le savoir déclaratif)

Certaines expériences ont montré que 25min de lectures personnelle par jour contribuerait à l’acquisition de 1.000 nouveaux mots par an.

Dans un pays où les plus pauvres votent pour un candidat à l’élection présidentielle sur le simple fait qu’il a fait construire un stade ou distribuer des tee-shirts prouve bien que la lecture et ce qu’elle apporte sur la réflexion est indispensable.

 

 

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L’environnement de l’école

Bon évidement, j’aurai aimé aussi que l’école soit plus adaptée aux gamins. En ce moment, comme vous pouvez le voir sur les photos, les classes sont vides. J’aurai vraiment aimé faire construire un placard bas, comme un buffet, afin que les enfants puissent y accéder.

En effet, après m’être un peu intéressée aux différents systèmes d’éducation et à la méthode Montessori, il y a des choses qui m’interpellent.

Je pense que les enfants doivent se sentir à l’aise dans une salle de classe. Ils doivent pouvoir aller chercher eux même les crayons, les feuilles pour dessiner ou les livres. Il faut que tout leur soit accessible afin qu’ils apprennent à se débrouiller seuls (quoique, à Madagascar on les laisse vite apprendre la vie d’eux même), qu’ils prennent confiance en eux surtout. Parce que l’un des problèmes à Madagascar, je crois pouvoir dire ça sans trop m’avancer, c’est que les plus pauvres ont un sacré problème de confiance en soi.

Ils pensent que les gens de la ville ou un peu plus éduqué savent mieux qu’eux et ils ont du mal à prendre des décisions par eux-mêmes (je crois que le passé colonial y est aussi pour beaucoup). Dans les écoles que j’ai visité, les enfants apprennent par cœur des choses mais ne savent même pas les remettre à leur place dans la vie de tous les jours. Lorsque je dis bonjour à des gamins, ils me répondent  » ça va bien merci  » parce qu’on leur a appris à répondre ça quand un vazaha leur parle. Mais en fait ils ne comprennent pas ce que je leur ai dit ni même ce qu’ils répondent.

Lorsque l’équipe d’ODADI propose des actions, les ruraux répondent  » mais on ne sait pas nous, c’est vous qui savez mieux que nous « . Bonjour la prise de risque.

Bref, tout ça pour vous dire que ce placard, pour moi, ça représente la liberté pour ces petits de pouvoir faire les choses par eux-mêmes à l’école et de ne pas attendre bêtement qu’un prof distribue les fournitures. Ça leur permet de voir que l’autorité n’a pas autorité sur tout et que s’ils ont besoin d’un crayon, ils peuvent aller le chercher tout seul, sans demander de l’aide (vous voyez aussi le rapport avec l’aide que les pays extérieurs peuvent apporter.. ? vous comprenez le sous-entendu, le message subliminale que je veux leur faire passer ?!)

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Donc je remets en place un financement participatif pour l’école, pour acheter des livres. Parce que les livres, c’est la liberté !

Je me suis aussi demandée pendant 3 jours si faire une autre demande de financement participatif alors que la dernière a eu lieu il y a 10 jours était très intelligent mais comme je n’ai pas d’autre solution que celle-ci. Je me tourne encore une fois vers Vous, Vous autres qui me suivez et me soutenez. J’espère aussi sensibiliser d’autres personnes à cette cause.

Et pour ce fameux placard/buffet bas, on verra si les gens sont généreux et apportent encore un peu plus d’argent. (Quant aux toilettes, nous avons eu quelques dotations depuis 3 jours qui vont peut-être nous permettre de les financer.)

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Si vous voulez participez, c’est par ici :

https://www.helloasso.com/associations/femmes-en-action/collectes/des-livres-pour-l-ecole-d-andozoka

 



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