Volontariat et Solidarité

Je suis inscrite sur plusieurs page facebook de voyage et souvent je vois des gens demandant des infos pour pouvoir aider des association ou « faire de l’humanitaire ». Autant être clair tout de suite, si vous n’êtes pas médecin, gynéco, dentiste ou voltigeur, chef de mission ou directeur d’une structure médicale, vous en ferez jamais de l’huma. L’humanitaire c’est une aide en situation d’urgence ou post-urgence: guerre, catastrophe naturelles, conflit.

J’ai écris un article à ce sujet et si vous voulez allez plus loin dans la réflexion, je vous invite à le lire. J’y écris entre autre que oui aider c’est bien mais que souvent les associations n’ont besoin que d’argent. C’est moins glamour que d’aller faire un cours d’anglais pendant 15 jours à une classe de gamins (et ça ne donne pas de belles photos) mais ça a plus d’utilité et de pérennité.

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Il y a une phrase qui me reviens tout le temps à l’esprit « l’Enfer est pavé de bonne attention« 

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En effet, ce que vous pensez bon pour un groupe de personne en difficulté ne sera pas forcément la réponse idéal à leur problème. Il y a quelques années j’ai décidé de faire une reconversion dans le domaine de la solidarité internationale. Ne trouvant pas ce que je voulais j’ai été tenté de partir avec Project Abroad. Quand j’ai vu les prix, ça m’a très très vite refroidis. Et puis j’ai réfléchis aussi à ce que je voulais. Certes je souhaite apporter quelque chose au monde qui m’entoure, je veux essayer de changer les choses qui ne me conviennent pas et aider les populations en difficultés mais MON ENVIE ne prime pas sur LEUR BESOIN.

Faire de l’enseignement lorsqu’on est pas enseignant, quel est l’intérêt? Quel est l’intérêt pour les enfants d’avoir un prof qui n’a jamais eu une classe devant lui et qui n’a pas reçu la formation adéquate pour le faire? Vous laisseriez vos enfants ou nièces apprendre une langue étrangère avec une personne qui n’est pas prof et qui plus est, ne restera que 2 semaines voir 1 mois? Seriez vous d’accord pour que vos enfants changent de profs 10 fois dans l’année?

Quel est l’intérêt de partir 2 semaines pour travailler dans une association? Admettons, vous travaillez dans une entreprises. Seriez vous d’accord pour accueillir un stagiaire ou deux par semaine et devoir à chaque fois l’accueillir, le former à son travail, à son environnement, lui faire découvrir les us et coutumes. Pensez vous vraiment qu’en 2 semaine on peut faire ça? Ne seriez vous pas dépitée du temps passé à le former pour si peu?

La 1ere fois que je suis partie en stage gestion de projet humanitaire et de développement je suis partie 1 mois. Honnêtement c’est le temps qu’il m’a fallut pour découvrir mon environnement, la manière de travailler, l’équipe. Lorsque je suis repartie la 2eme fois dans la même association, c’était pour 3 mois. J’ai pu commencer à travailler directement parce que je connaissais et travaillais depuis 1 an en bénévole pour cette même asso. Et au bout de 3 mois j’avais encore ce sentiment que je n’avais pas terminé ma « mission ».

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Tout ça pour vous dire que vous aller surement voir pas mal d’association locale vous proposer des missions « humanitaire » de 2 semaines mais posez vous bien les questions suivantes:

  • en quoi ma action va t-elle être pérenne?
  • quel est le suivis et les les antécédent de cette action?
  • suis-je envoyé dans une association locale? (mine de rien, c’est quand même mieux)
  • si une association internationale m’envoie dans une structure locale et que je paie pour cela, combien va revenir à la structure locale (lorsque j’ai fait ma formation et mon stage, sur 600€ par mois seul 50€ était réservé à l’association locale. J’étais dépitée).
  • avec l’argent que je vais dépenser pour aller sur cette mission, n’est-il pas plus judicieux de parrainer un professeur qui pourra subvenir aux besoins de sa famille pendant 1 année ou subventionner une cantine scolaire accueillant 100 enfants?
  • combien de temps vais-je mettre à me faire à ce nouveau pays ou cette mission: regardez en France combien de temps il vous faut pour vous acclimater à un nouveau boulot dans une nouvelle ville sans soutien amicale ou familiale et ça vous donnera une petite idée.

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Surtout, avant de partir, essayer de vous renseigner un maximum sur:

  • les anciens volontaires (et pas forcément par le biais de l’asso qui vous emploie! elle ne va garder que les meilleurs avis)
  • l’association locale (en téléphonant à l’ambassade)
  • l’association qui vous envoie (en cherchant sur internet). Si 60% d’avis sont négatifs.. je pense qu’il vaux mieux éviter de partir avec.
  • demander les comptes de l’association qui vous envoie, demander le pourcentages de frais pour les employés. Dans une demande de financement, celle-ci ne doit pas accéder 10% de la somme totale. Je pense que c’est un bon ration pour les missions aussi.
  • le coût de la vie dans le pays où vous aller: en Inde vous pouvez vous loger pour 10€ par nuit, manger pour autant (en mangeant bien quand même) et vous déplacer pour 5€ par jour. Total pour 2 semaines: 375€. Si la structure avec laquelle vous partez vous demande plus du triple.. méfiez vous.
  • les différents partenaires de l’association. Je suis partie en Service Civique avec une asso, le site internet présentait bien, elle avait des partenaires mais quand ça a commencé à sentir le roussis, j’ai appelé les « partenaires » qui finalement n’en était plus ou même n’en n’avais jamais été..

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En règle générale:

  • méfiez vous des associations qui ont beaucoup d’objectifs. Exemple avec cette asso (pour laquelle j’ai travaillé)
    1. Promouvoir et développer une culture de paix, de dialogue et de non violence en Casamance,
    2. Agir pour pour la paix et le développement de la Casamance,
    3. Lutter contre l’exode rural et l’immigration,
    4. Développer des projets socio-éducatifs en faveur des enfants,
    5. Construction et équipement de bibliothèque,
    6. Parrainage scolaire,
    7. Construction et équipement de case de santé dans les zones rurales;
    8. Le développement de la coopération avec les associations, les organismes et tous les autres partenaires poursuivants les mêmes buts en Europe, en Afrique et dans le reste du monde.

    Tout ces objectifs ne sont pas réalisables pour la seule et bonne raison qu’il ni a aucune correspondance entre chaque. L’objectif d’ODADI par exemple est de réduire la pauvreté dans le milieu rural. Pour cela elle agit dans plusieurs domaine.
    De plus, il faut aussi bien comprendre la différence entre objectif et projet. Un objectif c’est un but à atteindre, un projet c’est ce qui va vous servir à atteindre cet objectif. Cette asso confond clairement les deux.
    Un des objectif aurait pu être « amélioration des conditions d’études des enfants » et les projets « développer des projets socio-éducatifs, constructions et équipement de bibliothèques et parrainage scolaire ».

  • méfiez vous des associations qui n’ont pas de rapport d’activités sur leur site, ni de photos sur les missions, ni de chiffres précis sur leur actions ou de partenaires.
  • méfiez vous des président d’association trop vague, ne pouvant vous donner de réponse précise sur un sujet ou sur le nombre de personne aidé grâce à l’association.
  • demandez à voir les statuts de l’association

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Si vous partez à l’étranger, que vous souhaitez aider une asso ou la population locale, n’oubliez pas:

  • ne distribuez rien à des enfants dans la rue: cela les encourage à mendier, cela habitue leur parents qui peuvent les battre ou les maltraiter parce qu’ils ne ramène pas assez, les enfants ne vont plus à l’école et finissent par abandonner le cursus scolaire. Ils peuvent également se battre entre eux pour les objets ou l’argent donné.
  • pas de bonbons pour les enfants: les problèmes dentaires sont un fléaux partout dans les pays en voie de développement, pas la peine d’en rajouter. De plus un bonbec n’a aucune valeur nutritive. Donnez plutôt des fruits.
  • si vous souhaitez donner de l’argent à une personne dans le besoin, les principaux « intéressés » sont : les personnes âgés, les handicapés et les femmes. Évitez de donner de l’argent devant d’autre personnes dans le besoin, ça n’attisera que la jalousie.
  • n’amenez pas de fourniture scolaire de France pour donner « là bas »: celles-ci ne sont pas forcément adapté à la culture (en Inde les écoliers ont des formats de cahiers spécifique) ou au climat (les feutres ça sèche vite à 45°..)
  • achetez ce que vous pouvez sur place: vous faîtes fonctionner le commerce local et vos achats sont adaptés aux besoins et habitudes des locaux
  • avec 50€ à Madagascar vous pouvez acheter 25 kits scolaires (comprenant un sac en tissu, 2 stylo, un crayon, un taille crayon, 2 cahiers, une ardoises, 3 craies, une éponge etc.) . En France, que faîtes vous avec 50€?
  • pas de donation de médicaments sauf à des dispensaires! Dans les pays du sud le médicament n’est pas comme chez nous, ça n’est pas quelque chose qui se prend facilement et surtout il ni a pas de notion de danger. Du coup, autant éviter les surdoses, les mauvaises utilisations et le trafic
  • si vous donnez des fournitures scolaires, c’est dans une école, pour que ça profite à tout le monde.
  • la plupart du temps, ce sont les locaux qui vont vous apprendre quelque chose, pas l’inverse.
  • restez humble, écoutez, observer.

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Le don en général: En France comme ailleurs, il faut se poser les bonnes questions.

  • une association qui récolte des dons en nature pour les envoyer à l’étranger, via un conteneur, est-elle vraiment sérieuse? Un conteneur coûte 11.000€ de la porte à la porte, il faut le dédouaner, voir s’il y a des bakchich à payer etc. A Madagascar avec une somme pareil on peut construire une case de santé, acheter le matériel, former 20 matrones, leur distribuer des kits médicaux, distribuer des kits sanitaires à 200 enfants, et acheter 500€ de médicaments. Envoyer de l’argent « là bas » plutôt que nos déchets « d’ici ».
  • ce livre de 1976 sur l’industrie allemande que vous ne voulez plus, pourquoi une association le voudrait?
  • cet habit tâché, si on me le proposait, est ce que je le mettrait? Non? Alors pas la peine de le donner à un nécessiteux dans la rue.
  • proposer un repas ou une nuit à l’hôtel à une personne dans le besoin l’aidera certainement plus que de l’argent. Et vous êtes sûre de la bonne utilisation.

Pour aller plus loin je vous propose de lire ce document sur les méthodes de don.