Qu’est ce qui a changé?

indicatif temps de lecture: 20 min

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Lorsque je lis sur les réseaux sociaux et les blogs des voyageurs comment ils vivent leur voyage, qu’est ce qu’ils ont changé dans leur vie de tous les jours, souvent ce sont les mêmes réponses: la tolérance, le respect, la découverte de soi, moins de stress, moins de matérialisme. Toutefois, j’en lis rarement qui ont changé leurs vies et encore moins qui se sont remis en question profondément. Dernièrement je vois de plus en plus de personnes qui souhaitent voyager même avec le coronavirus qui circule et qui essaient de trouver des pays où les contraintes sont moindre. Pas très respectueux pour un voyageur censé avoir appris sur la vie donc.

Mais pour moi, qu’est ce qui a changé?

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La tolérance:

C’est vrai que depuis que je voyage, je suis plus tolérante. Je comprend plus facilement pourquoi des gens qui ne savent pas nager s’embarquent à 70 sur des canaux pneumatique censés en accueillir 10, je comprend pourquoi lorsqu’on va dans un pays pauvre les gens nous voient comme des portes-feuilles ambulants, je comprend pourquoi il y a tant d’irrespect en Inde envers les femmes et je comprend pourquoi dans certain pays on fait beaucoup d’enfants (lorsque le taux de mortalité infantile est de 52%, que le taux de mortalité dû aux maladies pulmonaires frôle les 25%, que vous avez une fille, et bien si vous avez 6 enfants, calculez combien il vous en reste à la fin pour prendre soin de vous..) . Toutefois, comprendre ne veux pas dire cautionner ni même accepter certaines situations!

J’ai effectivement envie d’aller vers les autres, d’essayer de comprendre la vie de celui avec qui je parle et ça, partout où je vais. Je me voit mal être intéressée par le boulot de vendeur ambulant d’un indien si je ne comprend pas le travail d’assistante sociale de ma voisine.

Avant j’étais extrêmement sévère avec les gens qui ne faisaient rien de leur vie sociale. A part travailler et regarder la télé/jouer à la console, je les trouvais triste, j’avais de la peine pour eux et envie de les secouer pour leur dire « réveille toi bon sang, on a qu’une vie, alors bouge, fais des choses, rencontre des gens, apprends!! ». Et ma mère m’a sortie une phrase que j’aurai toujours en tête.. « mais s’ils sont heureux comme ça, pourquoi ils changeraient? ». Effectivement. J’ai pris du recul, si je comprend qu’en Inde les gens peu cultivés ne cherchent pas à se sortir de leur misère alors je me dois de faire la même chose en France.

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La patience

Je suis plus patiente aussi. Au début à Madagascar lorsqu’on devait faire les 70 km jusqu’au centre Patrakala en 5h, je me tapais la tête contre les murs. J’avais envie de hurler lorsque nous étions coincés dans les embouteillages, en plein soleil avec la fumée des gaz d’échappements dans le nez. Et puis j’ai pris le plis.. est-ce que s’énerver nous fera avancer plus vite? Non. Est-ce que s’énerver me fera passer le temps? Non. Alors tant pis. On se calme, on respire (de la fumée bien cra-cra) et on se détend. De toute manière il n’y avait que ça à faire. Maintenant lorsque j’attends et patiente en France je suis beaucoup plus calme qu’avant. Mon quotidien s’est amélioré. En plus patienter permet de penser à des choses sympas ou de lire un bon livre!

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La découverte de soi

Très honnêtement, au risque de paraître orgueilleuse, je ne me suis jamais trop « cherchée ». C’est la grande phrase des adules lorsqu’on est ado! « elle se cherche ». Non en fait je cherche la manière dont je peux être le plus heureuse. Je sais ce qui me rend bien, je cherche un moyen de l’intégrer à ma vie!

Je crois aussi (et surtout) que c’est parce que je vieillis que j’arrive de plus en plus à être moi-même et à assumer mes choix. Pendant longtemps j’ai habité chez mes parents, mon entourage se moquant de moi parce que j’étais une « Tanguy » alors que je voyageais seule, que j’avais créé une association d’aide au développement et une entreprise de vente d’objet vintage sur internet. Je ne disais trop rien jusque là mais après mes 30 ans je me suis dit qu’à présent, j’avais plus de légitimité dans ce que j’allais entreprendre et que je serai prise plus au sérieux. Bon en fait non, je comprends maintenant que c’est le fait d’avoir fait des études et d’avoir un CDI qui fait que les gens vous prennent au sérieux. Manque de pot, je n’ai ni l’un ni l’autre! Mais j’ai découvert aussi que ça n’étais pas ça le plus important. Le plus important, c’est d’être bien à l’endroit où on se trouve. Que ce soit assise sur une chaise ou debout à l’usine en France ou dans un taxi-brousse en Casamance.

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Mais sinon, qu’est ce qui a changé dans mon comportement et qu’est ce que j’ai changé dans ma vie de tous les jours?

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En fait, je suis devenu vraiment écolo, à détester les poubelles et les magasins qui les remplissent, à devenir économe, attentive à ce que je mange, à ce que j’achète, à ce que je me tartine sur le museau. Voir des pays en voie de développement crouler sous les déchets, les femmes magnifiques sans même qu’elles ne mettent de crèmes « ultra-régénérante » ou les ruraux cultivant et mangeant ce qu’ils produisent, ça a changé la donne.

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Les poubelles

Lors de mon 1er voyage en Inde, pas de bol, j’avais mes règles. Et lorsqu’il n’y a pas de poubelle dans la chambre, ni dehors.. comment on fait? Où met-on les protections hygiéniques, les mouchoirs, les papiers en tout genre? J’ai un jour bu un tchaï dans un gobelet en plastique mais après.. que faire du gobelet alors qu’il n’y a pas de poubelles publiques? Je l’ai posé dans des escaliers, me sentant trop mal. Je venais de  jeter un truc par terre pour la 1ère fois de ma vie.

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Au Sénégal j’ai vécu « pire ». J’ai dû brûler moi-même mes poubelles: tous les trucs que j’achetais (le jus d’orange, les biscuits, les emballages de nourriture, les flacons de démaquillant, les bouteilles de shampoing ou de gel douche, les mouchoirs,) et bien il fallait que je les élimine. En effet à Kolda il n’y a aucun système de ramassage de poubelle. Et tout le monde faisait ça, ce qui donnait une odeur dégueulasse pendant plusieurs jours et ça imprégnait tous: les habits, les matelas, les draps. Là j’ai pensé à toutes les poubelles que je jetais en France et j’avoue que ça m’a mis assez mal à l’aise (parce que ça n’est pas parce qu’on ne le fait pas nous même en France que personne ne le fait à notre place!).

A présent, je préfère prendre des mouchoirs en tissu quitte à me faire traiter de papi. Mouchoirs que j’utilise en mouchoirs, chiffon, tissu, éponge tout. C’est l’un des 1er trucs que je met dans mon sac à présent.

J’évite aussi (en voyage ou en France) de prendre les sac en plastique que les marchands me donnent. Au Sénégal ils étaient tous étonnés: là-haut ne pas prendre de sac plastique lors d’un achat équivaux à ne rien acheter. Pour rigoler je leur disais qu’il y avait déjà plein de sac en plastique par terre et que je ne voulais pas en rajouter.

A présent je fais hyper gaffe à ce que je jette. L’installation d’un compost me permet d’éviter de jeter 7kg de déchets verts par semaine dans les ordures ce qui est quand même hyper impressionnant.

Je n’utilise plus de coton démaquillant jetable mais lavables, je prend des douches de 3 minutes (rien à voir avec les poubelles mais c’est à noter quand même), je n’utilise plus de produits de soin pour le visage (c’est une sacré arnaque ces produits en y réfléchissant bien), je n’achète pas de produits tout-préparés (bon déjà avant je ne le faisais pas, j’ai été élevé dans l’esprit du fait-maison) et j’abhorre tout ce qui est emballage inutile.

Je fais un tri drastique des poubelles, allant même rechercher des choses dans la poubelle « normale » pour la mettre dans le tri. J’ai dans ma chambre  3 cartons remplis de papier imprimé que sur 1 face, des documents « confidentiels » qui devaient être brûlés. Je n’accepte pas moralement de brûler du papier alors qu’il peux encore servir de brouillon. Très clairement là j’en ai jusqu’à la fin de ma vie (ou alors un peu moins si j’ai 6 enfants qui font 25 dessins par jours) mais c’est le seul truc que j’ai trouvé pour soulager ma conscience écolo. Et puis après avoir vu le désastre de la déforestation à Madà (non pas pour du papier mais quand même) je ne peux vraiment plus jeter une feuille de papier sans me dire « est-ce qu’elle ne pourrait pas resservir?! »

J’ai commencé aussi à me fournir en produit de beauté ou ménager ayant des contenants qui se remplissent, histoire de ne pas à avoir à jeter des flacons pour rien. Toutefois, faîte attention à ça: certaines marques de produit vaisselle font des recharges qui remplissent effectivement un bidon (qui se recycle) mais l’emballage de la recharge ne se recycle pas. ça m’agace un peu de voir ce mode de fonctionnement d’ailleurs. C’est complètement contre-productif.

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Les produits bio/écolo

A Madagascar j’ai logé en pleine brousse où l’eau de la douche s’écoulait directement dans la terre. Donc pour moi c’était clair, il fallait un produit écolo, biodégradable et sans trop d’incidence sur la nature. J’en ai trouvé à Décathlon, mais là encore le flacon en plastique m’a freiné. C’était lors de mon 1er voyage.

Lors du second voyage, j’étais parée! Du savon bio au lait d’ânesse (et rend la peau douce, donc pas besoin de crème hydratante), du dentifrice, un shampoing, un nettoyant visage, une crème naturelle (contre la peau sèche/grasse) et de l’eau florale de Thé (contre les boutons). Et puis je me suis rendu compte que bon, la crème visage j’en avait pas besoin tant que ça, et qu’en plus du fait que j’arrêtais de me mettre du pétrole sur la tronche il se passait un truc formidable: ma peau n’était plus grasse et je n’avais plus de boutons. Donc je soupçonne un peu l’industrie de la beauté de fabriquer des crèmes « peau lisse » qui dérègle notre nature de peau, histoire qu’on rachète une crème « belle peau », qui à son tour nous assèche le minois etc..

En France, à présent: j’achète du savon avec une incidence moindre sur l’environnement (sans emballage) tout comme le shampoing , de la crème fabriquée uniquement avec des produits naturels sur mes mains (elle va aussi bien pour la figure soit dit-en passant) et pour le corps, je prend de l’huile de ricin pour me démaquiller (mais je crois que n’importe laquelle fait l’affaire). Terminée les crèmes remplis de paraben ou phénoxyéthanol. Concernant le déo, j’en ai enfin trouvé un qui est génial, dans un conetenant aluminium, en pot, pot qui peut resservir pour mettre des pièces, edes piles etc. Les produits (savon, déodorant) que j’utilise sont fabriqués par Christelle.

Je lave les sols de ma maison au vinaigre blanc (ça fonctionne très bien!), je lave mon linge avec de la lessive fait maison et je ne met plus d’assouplissant. Même en travaillant dans une usine et dans les champs, mes habits ne sont jamais tachés.

Lorsque j’ai commencé à changer ma manière de vivre, je n’ai pas décidé de jeter tous mes produits d’entretien: déjà je les avais acheté et en plus, ça voudrait dire que toute la logistique et toute la pollution qui a été engendrée pour créer le produit n’avait servis à rien. Lorsque je vais dans une grande surface, je vais au rayon « produits d’entretien » et je me dis « mon Dieu tout ça va finir dans la nature ». Parce que c’est comme ça que ça se termine, il ne faut pas se leurrer. Les stations d’épurations ne sont pas miraculeuses.

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grande surfaceImage trouvé sur ce site, l’auteur du billet a un blog que voilà

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La nourriture

Déjà toute petite chez moi on ne jetait JAMAIS de nourriture dans une poubelle. Nous mangions les restes et les restes qui restaient allaient pour les chiens. Du coup lorsque je me suis retrouvée à travailler en cuisine, à jeter des quantités astronomique de nourriture à la poubelle.. j’avais une boule à travers la gorge, un peu énervée et surtout bien désemparés face au désastre. Savoir que dans certains pays les gens meurent parce qu’ils n’ont pas les nutriments nécessaires pour combattre des maladies pendant que d’autres jettent de la nourriture consommable me rend vraiment dingue (petite parenthèses aux pro-OGM, qui appuient leurs argumentaires sur le fait qu’avec des OGM, les gens ne mouraient plus de faim. Non ça n’est pas vrai. Actuellement nous avons assez de nourriture pour nourrir la planète et même plus. En occident nous mangeons simplement trop, jusqu’à la mort presque (cf: taux d’obésité, de cholestérol etc. Nous avons assez à manger sur Terre!)

Eulalia m’a dit un jour en mangeant « allons, mangeons tout et pensons à ceux qui n’ont pas à manger ». Ça ferait culpabiliser n’importe qui. Moi la 1ère. A présent, même lorsque je ne trouve pas quelque chose de bon, tant pis je le mange. Je me force c’est une question de respect.

Avant je mangeais un peu des cochonneries (en gâteaux et sucreries j’entends). Maintenant je préfère en manger moins et de meilleure qualité que de m’empiffrer de saloperies qui détruisent l’environnement et sont catastrophique niveau nutrition. Je prend plaisir à préparer moi-même ce que je mange: les gâteaux, crèmes au chocolat (c’est franchement hyper simple) et pâtisseries. Ou si je ne peux pas, je paie un peu plus cher et je commande chez un pâtissier, dans une vraie pâtisserie. J’ai travaillé, en France, dans une usine de production de pâtisserie industrielle et j’ai été dégoûtée. Vous n’imaginez pas la quantité de nourriture que nous jetions dans la journée sans parler des conditions de travail déplorable. En plus, préparer soi-même les dessert et plats réduit drastiquement les emballages.

J’évite aussi de manger des fruits exotiques: ils ont été cueilli verts, ont fait 12.000km en bateau dans des case frigorifique avant d’arriver chez nous alors non, ils n’ont pas bon goût et ne sont pas respectueux de l’environnement. Avant mes voyages j’étais déjà sensible aux fruits et légumes de saison mais à présent encore plus. Les tomates en janvier ou les légumes d’Espagne ne passeront pas ma porte. Je suis restée plusieurs mois sans ail parce que la seule que je trouvais venait d’Espagne et il était hors de question que je cautionne l’exploitation des hommes et de l’environnement.

Bon il y a bien d’autre chose dont je pourrais me passer: les avocats (qui sont bien fades comparés à ceux que j’ai mangé à Madagascar et qui venaient de l’arbre dans la cours), le chocolat (clairement en métropole on en trouve peu!), le lait de coco (mais j’adore tellement faire des curry que j’ai du mal à m’en passer) et j’en oublie encore. C’est sûre que j’ai encore beaucoup de chose à supprimer dans ma nourriture pour avoir un impact moindre sur la planète.

Avocats récoltés dans un arbre à Itaosy et non dans un super marché.. Écrasé avec du sucre et du vin cuit, c’est un délice!!

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L’économie locale

Depuis toute petite, j’adore fabriquer des trucs et bidules pour les offrir à ma famille, mes amies etc. C’est tellement plus sympa que d’acheter un truc fait à la chaine!

En voyageant un peu partout, j’ai découvert l’artisanat et les spécialités locales. Dans les pays en voie de développement les artisans ont des mains en or et vendent de très belles choses à des prix très correct. Ce sont souvent des modèles uniques puisque fait-main. J’ai fait faire des sarouels à Madagascar et au Sénégal, j’ai choisi le tissu, trouvé la couturière et j’ai de beaux sarouels uniques. En France d’ailleurs on me demande souvent où je les ai acheté parce qu’ils sortent de l’ordinaire.

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A présent en France je privilégie les cadeaux personnalisable, les petits artisans locaux qui font des articles sympas sans qu’on ai forcément besoin de vendre un rein. C’est un moyen de contrecarrer le capitalisme, de promouvoir les gens de ma région, de faire tourner l’économie locale et nationale: un artisan qui se voit acheter son stock peut acheter à son tour, emmener sa famille en vacances, permettre à ses enfants de faire des activités extra-scolaire (activités qui fourniront à leur tour du boulot à quelqu’un qui pourra à son tour acheter localement etc. Vous avez compris le principe?!). Comment être français, aimer son pays et défendre ses habitants et ses artisans lorsqu’on achète des merde en plastique chez FIGI ou FouilleLaFoire?

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La pauvreté

Avant je me demandais comment des êtres humais pouvaient vivre dans des conditions si misérables, pourquoi personne ne faisait rien pour les sortir de là et surtout comment je pouvais faire pour apporter ma pierre à l’édifice. J’étais persuadée qu’un jour j’arriverai à changer le monde, à réduire les inégalités et arrêter les guerres (ahhh belle naïveté!!).

A présent, le slogan « la pauvreté n’est pas une fatalité » je n’y crois pas. Je pense que quoiqu’on fasse, il y en aura toujours. Ainsi va le monde. C’est terrible de se dire ça, de l’accepter, mais j’ai aussi accepté qu’un enfant de moins de 5 ans mourrait toutes les 10 secondes de faim, que 800 femmes mourraient en couche chaque jour. C’est comme ça. On peux arriver à réduire ces ratios mais quoiqu’on fasse, nous n’arriverons jamais à contrer des guerres (peut-être en supprimant les fanatiques et extrémistes et la moitié des hommes? homme avec un petit H) ou à stopper les catastrophes naturelles. Nous n’arriverons jamais à faire arriver partout nos médecines modernes et des femmes continuerons de mourir lorsqu’elles donneront la vie. Il faut l’accepter et se dire « ok, je ne peux pas changer le monde, mais je peux changer les choses dans une partie du monde ». Et moi, c’est ce que je fais à présent!!

Ma vie a changé depuis que j’ai décidé de consacrer ma vie aux autres et à changer mon monde.

A quoi ça sert cette vie si c’est juste pour la garder pour nous?

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Et sinon, qu’est ce qui n’a pas changé?

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Là je vais surement en décevoir plus d’un! Non je ne suis pas moins matérialiste, je n’ai pas pu résister à acheter mes 120 livres annuels à la Foire aux Livres de Belfort et lorsque je vais en brocante, je craque toujours pour de la belle vaisselle. Ma grand-mère m’a donné pas mal de vaisselle datant de la période 1930-1960 et pour rien au monde je ne m’en séparais. C’est surtout sentimentale je pense! Et puis je me dis que c’est de la seconde main et que c’est toujours mieux que d’aller chez le suédois. Mais il est vrai que j’adore le vintage, j’en ai même fait un métier!

C’est un peu contradictoire avec le fait que je voyage, que je vois la misère etc mais en même temps, la vie ici continue. Un jour ma tant m’a dit « mais ça n’est pas parce que tu vas te priver de quelque chose que des enfants arrêteront de mourir de faim ». Effectivement. Et puis je considère que je travaille bien (pour moi travailler n’est pas synonyme de rémunération..) et que du coup je peux me faire plaisir avec des babioles.

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Qu’est ce qui est pire qu’avant?

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Mon rapport avec l’argent!

Je dépense encore plus facilement de l’argent pour offrir des cadeaux, payer des médicaments à une amie ou des frais de scolarité à des Petites Poulettes. Je me dis que de toute manière, je ne l’emporterai pas dans la tombe et qu’en plus l’argent, c’est fait pour être dépensé. Et je considère être bien lotie (et ce même en étant intérimaire à travailler 3 semaines par mois): autant redistribuer les richesses.

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Mon rapport avec le temps!!

Encore pire qu’avec le pognon, j’ai l’impression que le temps s’allonge. ça n’est bien souvent 2min avant de partir pour un rendez-vous que je me dis « ah oui j’aurai surement dû partir il y a un quart d’heure ». Je me mettrais des gifles des fois tellement ça m’énerve que je prenne le temps et l’horaire des rendez-vous aussi peu au sérieux! Au Sénégal et à Madagascar il n’est pas rare qu’on attende son interlocuteur pendant 45 min- 1h..

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Mon rapport avec l’eau

Alors ça.. c’est devenu pour moi un objet d’énervement quotidien. J’étais déjà assez peu tolérante avec les gens qui gaspillent l’eau (cf mon stage en restaurant d’entreprise où pour enlever une tâche, au lieu de frotter avec un balais le second de cuisine essayait de l’enlever au jet.. on s’est vraiment pris la tête la dessus et pourtant à l’époque je n’avais encore jamais voyagé dans un pays en voie de développement) mais à présent je ne les supporte plus.

Au Sénégal, à Madagascar, quotidiennement il y a des coupures d’eau, les puits sont à sec, alors pour se laver, il ne faut rien gaspiller mais surtout il faut faire des réserves! A présent j’arrive à me laver avec 1 litre d’eau et je pense que c’est pareil pour mes (longs) cheveux. (je crois même m’être lavé avec 2l le corps et les cheveux..). De plus à Madagascar en brousse il faut faire chauffer l’eau pour se laver. Oui je suis une petite chochotte mais se laver à l’eau froide à 7° et bien non je ne peux pas.. (ça me rassure, certaines malgaches le font aussi). Il faut 45min pour aller chercher l’eau et le charbon, faire chauffer l’eau etc. Bref c’est long, c’est pénible et ça donne une sacrée valeur à l’eau.

Dans les pays que j’ai visité, l’eau non potable est responsable de nombreuses maladies: bilharziose, choléra, dysenterie, parasitoses intestinales etc. Les maladies hydriques tuent plus que la guerre. C’est la 1ere cause de mortalité au monde. Sur les 4 milliards de cas de diarrhée par an, elles entraînent 1,8 millions de décès et plus de 90% d’entre eux (1.6 millions) parmi les enfants de moins de cinq ans.

Sachant ça, lorsque je suis sous ma douche plus de 3 min (et je vous jure que des fois j’y reste moins longtemps) je culpabilise quand même beaucoup. Alors oui rester moins longtemps ne donnera pas de l’eau potable à ceux qui n’en on pas mais je pars du principe que ça n’est pas parce que j’ai accès à quelque chose facilement que je dois en abuser. Je ne supporte plus les personnes qui gaspillent l’eau, d’autant plus que maintenant, elle commence même à manquer en France pour les cultures.

Des personnes se sont attelées au problème des douches qui consomment beaucoup d’eau et Carlos Gomez Andonaegui a, en 2010, inventé une douche consommant 70% de moins d’eau qu’une douche classique! Soit 2,9 par minute au lieu de 9,5l. Vous pouvez en savoir plus sur ce site (source, National Geographic).

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Ah oui, ça c’est peut-être le pire de tout.. Je relativise trop.

Des fois j’ai même l’impression d’être une salope sans cœur. J’ai vu des choses dures avec mes voyages, mon boulot, encore que je n’ai pas encore vu l’impensable et du coup les bobos du quotidien des autres me passe un peu par dessus la tête. Enfin, les bobos.. il n’y a pas que ça. Les conditions de vie, les aides psychologiques, médicales, sociale que notre pays nous offre sont tellement énorme par rapport aux pays que j’ai visité que je ne supporte plus de voir ou d’entendre des gens se plaindre. Je sais qu’en France c’est compliqué, je sais que les salaires ne suivent pas, mais voyez vous, entendre des gens se plaindre qu’ils n’ont pas de pognon alors que les 3/4 de la population possède un téléphone à plus de 100€, une connexion internet à 40€, un forfait à 20€ et bien non, on ne peut pas dire « on a pas de pognon » dans ce cas là. Et oui perdre un doigt c’est terrible mais à Madà quand vous perdez un doigt il est fort probable que vous perdiez aussi la vie. En France vous allez chez le médecin et oui il faut payer 1€ par consultation, le reste est remboursé, tout comme les journées d’hôpitaux à 300€. A Madà en brousse, on ne va pas chez le médecin, ni à l’hôpital parce que les gens n’ont pas d’argent. Et quand on a un cancer on meurt. C’est aussi trivial que ça.

Du coup le fait d’avoir vu tout ça me fait dire « bon j’ai des soucis mais quand même ça pourrait être pire ». Le problème c’est que genre de phrase ne passe pas très bien auprès d’un interlocuteur lambda. Et j’ai l’impression qu’en France les gens ne veulent pas trop relativiser… (bonjour le cliché!).

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Forcément, ça contrecarre un peu ce que j’ai amélioré aussi.. la tolérance.

Je ne tolère plus la bêtise et la méchanceté humaine. Je ne tolère plus que des gens éduqués comme nous en France (école obligatoire jusque 16 ans!) puissent être aveuglé par la haine et les discours racistes/homophobes/xénophobes. Je ne comprend pas que les gens en France puissent croire tout ce qu’on leur raconte sans même chercher à savoir si c’est vrai, je ne comprend pas qu’on France on cherche même pas à se remettre personnellement en question, qu’on s’imagine que tous les maux de la Terre viennent de nos dirigeants et sans même oser imaginer que nous pouvons y être aussi pour quelque chose..

Les théories complotistes me sortent pas les trous de nez, les imbéciles qui ne croient pas à la science m’agace terriblement (9% des français pensent que la Terre est plate. Bonjour la culture) et j’ai envie de bazooker (verbe bazooquer qui vient du la machine de guerre bazooka) qui remettent en question le réchauffement climatique.

Être intelligent ça n’est pas une faculté, c’est un choix

Pas très tolérant tout ça n’est ce pas? Comme quoi, lorsqu’on voyage, on ne le devient pas forcément!

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10 thoughts on “Qu’est ce qui a changé?”

  • Ce n’est jamais par hasard que les choses se produisent….ton billet du 5 décembre 2015 me parle…je prendrais bientôt plus de temps pr te dire ce qui a changé dans ma vie le 05.12.2015…pour moi c’est un RENAISSANCE ….ça en dit long!!
    Je reprendrais juste ta phrase….

    « Si l’on veux changer le monde, il faut savoir se S AIMER SOI-M’ AIME »

    Bonne continuation… bisous

    • Bonjour Chantal!
      Mémère Gisèle m’a parlé de toi hier justement!! Et m’a dit que tu avais commencé une formation. Je voulais t’écrire pour que tu m’en parle et voilà que je vois ton message.. Drôle de coïncidence! J’attends ton mail alors.
      A très vite, bisous 😉

  • Sacré roman que tu nous as écrit, mais très belle analyse et tu as raison sur la plupart des points ! Juste une chose … ne soit pas trop dure avec toi même. Je pense que tu fais déjà beaucoup plus que n’importe qui. Les voyages nous apportent toujours, même si des fois on ne s’en rend même pas compte … Je pars en road trip en Asie dans 3 semaines, j’en suis complètement dingue ! 🙂

    • Je suis très heureuse que tu ailles en Asie!! C’est génial!! où vas tu? tu pars seule?
      Et oui, un de mes défauts, c’est d’être dur avec moi-même, mais ça me fait avancer et ça me permet de repousser mes limites alors je me dis que c’est un mal pour un bien!!!
      Merci pour ton message bien sympa!

  • article très intéressant et qui permet de se poser des questions sur beaucoup de sujets. ici je tend de plus en plus vers le minimalisme. j’essaie de jour en jour de consommer mieux et moins. c’est pas facile tous les jours avec nos habitudes ancrées, et les autres autour mais j’essaie et j’me dis que c’est toujours ça de pris

  • Je te comprends tellement! J’ai vécu un choc lorsque je suis revenue chez moi après avoir vu des enfants de 3-4 ans me demander de la nourriture en Amérique Centrale. J’étais intolérante face aux gens qui jetaient de la nourriture. Et que dire des épiceries et des restaurants qui gaspillent…

    J’ai appris à respecter que ce ne sont pas tous les gens qui sont sensibilisés. Je fais ma part, mais en même temps, je ne veux pas être l’indésirable. J’essaie d’inspirer les gens plutôt que de les contraindre.

    Je t’admire beaucoup d’être allée en Inde. Je n’ose pas y aller en solo. Je ne suis pas prête. Pis en même temps, je me demande si on est prêt un jour…

    Mon conseil : essaie d’être moins dure avec toi 😉

    • C’est vrai que c’est compliqué d’expliquer notre ressentis aux personnes sans passer pour une rabat-joie!!
      J’essaie mais je pense que des fois, je dois bien souler mon entourage ^^
      Concernant l’Inde, je vais dire un truc de terrible mais moi, ça n’est pas la misère qui m’a le plus traumatisé (même si ça m’a aidé à changer d’orientation professionnelle ^^) mais le regard des hommes sur moi. c’est ça qui m’empêche d’y retourner presque. Parce que la misère.. je m’y suis presque faîte et je me suis dit que de toute manière, je n’arriverai pas à tout changer alors.. il faut faire avec. J’y suis allée 2 fois parce que justement je ne voulais pas rester sur une 1ere mauvaise expérience mais rien n’avait changé entre temps finalement!

      Merci pour ton commentaire bien sympathique en tout cas 😉 tout le monde me donne le même conseil mais pas facile de l’appliquer!!
      « fais ce que je dis mais pas ce que je fais » !!

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